Le Panorama Bourbaki : la peinture circulaire de 112 mètres de Lucerne
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Le Panorama Bourbaki : la peinture circulaire de 112 mètres de Lucerne

Quick Answer

Qu'est-ce que le Panorama Bourbaki à Lucerne ?

C'est une peinture circulaire de 112 mètres de circonférence et 10 mètres de haut, montrant l'internement de l'armée française de Bourbaki en Suisse en février 1871. Peinte en 1881 par Édouard Castres et une équipe d'assistants, elle est exposée dans une rotonde construite à cet effet sur la Löwenplatz, à deux minutes à pied du Monument du Lion. Une visite dure de 30 à 45 minutes.

Une peinture dans laquelle on entre, pas devant laquelle on s’arrête

La plupart des tableaux de musée demandent de s’arrêter et de regarder un mur. Le Panorama Bourbaki demande quelque chose de plus étrange : monter un escalier en colimaçon, poser le pied sur une plateforme circulaire, et tourner lentement sur soi-même pendant qu’une scène continue vous enveloppe entièrement. Pas de cadre, pas de bord, et pendant la première minute environ, aucune façon évidente de savoir où s’arrête le sol réel et où commence l’horizon peint.

Cette désorientation est précisément le but recherché. C’est l’un des derniers exemplaires survivants d’un format de divertissement du XIXe siècle qui a brièvement rivalisé avec les débuts du cinéma en matière de spectacle, et il se trouve à deux minutes du Monument du Lion dans la vieille ville de Lucerne, ce qui en fait l’un des musées « à voir absolument » les plus faciles d’accès de la ville.

Ce guide couvre ce que montre la peinture, pourquoi elle existe, ce qu’implique une visite en pratique, et sa place parmi le reste des musées de Lucerne si vous devez faire des choix sur un court séjour.

Ce qui s’est réellement passé en février 1871

La scène représentée par le panorama est précise et, chose inhabituelle pour une peinture militaire du XIXe siècle, ce n’est pas une bataille. Début 1871, la guerre franco-prussienne tournait mal pour la France. L’armée de l’Est du général Charles-Denis Bourbaki, environ 87 000 hommes, avait été repoussée vers la frontière suisse dans l’est de la France, épuisée, gelée, et pratiquement encerclée par les forces prussiennes. Plutôt que de se rendre à l’ennemi, le commandement français négocia le passage en Suisse neutre, déposant les armes au poste-frontière des Verrières, dans le Jura, le 1er février 1871.

La Suisse, fidèle à sa neutralité, accueillit toute l’armée. En trois jours, des dizaines de milliers de soldats, de chevaux et de charrois franchirent la frontière d’un pays qui comptait alors moins de trois millions d’habitants. Les autorités suisses et les volontaires de la Croix-Rouge organisèrent en urgence abris, vivres, couvertures et soins médicaux dans des dizaines de villes, quasiment sans préavis. Cela reste l’une des plus grandes mobilisations humanitaires de l’histoire suisse, survenue sept ans après la fondation de la Croix-Rouge par Henry Dunant à Genève, ce qui explique en partie pourquoi l’organisation la considère comme un cas d’école fondateur.

Le panorama montre un unique instant à l’aube, à cette frontière : des colonnes de soldats dans la neige, des chevaux abandonnés, des blessés sur des civières, et des volontaires suisses se frayant un chemin dans le chaos avec vivres et pansements. Il n’y a aucun combat dans le tableau. C’est une opération de secours, peinte comme un fait historique plutôt que comme un exploit glorieux.

Le peintre était présent sur place

Édouard Castres, artiste genevois né en 1838, ne reconstituait pas la scène à partir de récits. Il avait servi comme volontaire de la Croix-Rouge pendant l’internement réel, soignant et nourrissant les soldats français à leur passage. Lorsqu’il fut chargé de peindre le panorama une décennie plus tard, en 1881, il peignait quelque chose de plus proche du souvenir que de l’imagination, ce qui est inhabituel pour ce genre. La plupart des panoramas du XIXe siècle représentaient des batailles célèbres que l’artiste n’avait jamais vues, mises en scène pour un effet dramatique maximal. Castres a peint la logistique, l’épuisement, et des volontaires accomplissant un travail ingrat dans la neige.

Il ne l’a pas peint seul. Les grands panoramas étaient réalisés à une échelle véritablement industrielle et nécessitaient des équipes d’assistants travaillant depuis des échafaudages pour couvrir 1 100 mètres carrés de toile dans des délais raisonnables. Parmi ces assistants figurait un jeune Ferdinand Hodler, alors âgé d’une vingtaine d’années et bien loin encore de devenir l’un des peintres suisses les plus importants. Sa contribution fut mineure et peu documentée dans le détail, mais sa présence sur ce projet est l’un de ces petits faits que l’on répète presque à chaque visite, ne serait-ce qu’au vu du chemin parcouru par sa carrière par la suite.

Comment fonctionnait le format panorama

Les panoramas circulaires étaient une technologie de spectacle bien particulière au XIXe siècle, et comprendre leur mécanique change la façon de lire la peinture. La toile est suspendue en cercle complet autour d’une plateforme d’observation centrale, éclairée par le haut de sorte qu’aucune source lumineuse n’est visible et qu’aucune ombre ne tombe sur la peinture.

Les bords supérieur et inférieur de la toile sont dissimulés : le haut par un faux plafond de ciel, le bas par un « faux terrain » fait de terre, de neige, de clôtures, de roues de charrettes et d’équipements abandonnés bien réels, qui prolonge physiquement la scène sur quelques mètres avant que le sol peint ne prenne le relais. Bien exécutée, la jonction entre l’accessoire réel et l’illusion peinte disparaît, et l’horizon se maintient à hauteur naturelle des yeux, quel que soit l’endroit où l’on se tient.

Ce format connut un véritable succès populaire avant l’existence du cinéma : des panoramas de batailles, de villes et de paysages ont parcouru l’Europe et l’Amérique du Nord dans les années 1880 et 1890, souvent installés dans des rotondes construites spécialement, exactement comme celle de la Löwenplatz. La plupart n’ont pas survécu.

Les toiles ont été découpées, repeintes pour de nouveaux sujets, détruites par le feu, ou simplement abandonnées une fois la mode passée et le cinéma devenu le nouveau spectacle de référence. Les grands panoramas intacts de cette époque sont désormais véritablement rares ; ceux que l’on cite habituellement aux côtés du Panorama Bourbaki incluent le Panorama Mesdag à La Haye et le Panorama de Racławice à Wrocław. L’exemplaire de Lucerne fait partie d’une courte liste encore debout dans le monde, sous sa forme originale.

De Genève à Lucerne

Le panorama fut présenté pour la première fois à Genève en 1881, avant de tourner puis de s’installer définitivement à Lucerne en 1889, dans la rotonde qui l’abrite encore aujourd’hui. Il changea plus d’une fois de propriétaire et d’usage au cours du XXe siècle, et à la fin de ce siècle, le bâtiment comme la toile nécessitaient une conservation sérieuse. Une restauration majeure fut achevée vers 2000, nettoyant et stabilisant la toile et réaménageant l’espace d’exposition environnant, ce qui correspond à peu près à l’état actuel : la peinture originale de 1881, le terrain construit devant elle, et une exposition historique modeste dans le hall d’entrée, couvrant l’internement, le processus de restauration et le format du panorama lui-même.

Visite : lieu, horaires, tarifs

La rotonde se trouve sur la Löwenplatz, juste à côté du Monument du Lion et à courte distance du Jardin des Glaciers. Depuis la gare de Lucerne, comptez environ 12 à 15 minutes à pied le long du lac puis en remontant vers la vieille ville, ou un court trajet de bus VBL en direction de la Löwenplatz si vous préférez ne pas marcher, notamment avec des bagages.

DétailÀ quoi s’attendre
AdresseLöwenplatz 11, Lucerne
Billet adulteEnviron 15 CHF
Billet réduitRéductions pour étudiants, seniors, enfants
Cartes muséeGénéralement incluse ou réduite avec la Lucerne Museum Card
Durée de visite habituelle30 à 45 minutes
Repère à proximitéMonument du Lion, 2 minutes à pied

Comme toute l’expérience tient dans une seule salle et une seule peinture, plus une petite exposition d’entrée, elle ne demande pas le long créneau qu’exigent le Musée suisse des transports ou la Collection Rosengart. Elle s’insère facilement dans une matinée qui inclut aussi le Monument du Lion et le Jardin des Glaciers, tous à quelques minutes de marche les uns des autres, ou fonctionne comme un complément d’après-midi pluvieux à une journée passée dans la vieille ville.

Ce que l’on voit, étape par étape

La visite suit un déroulé assez fixe. On entre par un petit espace d’exposition au rez-de-chaussée qui présente le contexte historique : les dernières semaines de la guerre franco-prussienne, le passage des Verrières, Castres et l’histoire du panorama, ainsi que des éléments sur la restauration de 2000. Cette partie prend 10 à 15 minutes si l’on lit les panneaux, moins si on les parcourt rapidement.

De là, un escalier mène à la plateforme d’observation centrale, à l’intérieur de la rotonde. C’est le point d’orgue de la visite, et il vaut la peine de le prendre lentement : plutôt que de longer le pourtour de la salle, mieux vaut rester immobile près du centre et tourner sur place.

L’horizon peint se maintient à hauteur des yeux dans toutes les directions, et le terrain construit au premier plan, vraies clôtures, vrai revêtement couleur neige, vrais équipements abandonnés, se fond dans le lointain peint au point que la jonction est vraiment difficile à repérer sans la chercher expressément. La plupart des visiteurs font le tour de la plateforme deux ou trois fois, car les détails proches du sol (visages, blessés, volontaires au travail dans la foule) récompensent un passage plus lent que le simple balayage d’ensemble.

Il n’y a pas d’audioguide théâtral ni d’écrans interactifs superposés, ce que certains visiteurs trouvent agréablement épuré et d’autres un peu austère. C’est un médium du XIXe siècle présenté avec une touche discrète du XXIe siècle, plutôt que réinventé en « expérience ».

L’associer au reste de la journée

L’emplacement du panorama est son principal atout pratique : il se trouve au cœur d’un véritable ensemble de sites de la vieille ville, sans nécessiter de détour particulier.

Une demi-journée réaliste autour de la Löwenplatz pourrait se dérouler ainsi : d’abord le Monument du Lion (gratuit, cinq minutes), puis le Panorama Bourbaki (payant, 30 à 45 minutes), puis le Jardin des Glaciers (payant, 45 à 60 minutes) si vous voulez consacrer une matinée entière aux curiosités du Lucerne du XIXe siècle, avant de terminer par un déjeuner en redescendant vers le Pont de la Chapelle et la vieille ville.

Si votre temps à Lucerne est vraiment compté, le panorama fait partie des musées les plus faciles à sacrifier sans grand regret, car 30 à 45 minutes en intérieur entrent directement en concurrence avec le temps consacré au lac et à la montagne, priorité de la plupart des visiteurs venant pour la première fois. Mais pour qui passe une deuxième ou troisième journée dans la ville, ou nourrit un intérêt particulier pour l’art du XIXe siècle, l’histoire militaire ou les débuts de la Croix-Rouge, c’est une étape vraiment singulière, sans véritable équivalent ailleurs sur un itinéraire suisse classique.

Pour un panorama plus large de la place qu’occupe ce lieu parmi les musées de Lucerne, y compris les collections Picasso et Klee de la Collection Rosengart et la bien plus grande échelle du musée des transports, voir le guide des musées de Lucerne complet. Et si les musées ne sont pas la priorité de ce séjour, le guide des activités gratuites à Lucerne recense ce qui vaut le coup d’œil sans billet.

Au-delà du panorama : une journée complète à Lucerne

Les visiteurs qui apprécient le rythme plus lent et intérieur du panorama en font parfois le point de départ d’une journée complète mêlant musées, transports et attractions lacustres. Le billet d’entrée pour le Musée suisse des transports donne accès au plus grand musée de son genre en Suisse, à un court trajet de tram de la vieille ville, et constitue un contrepoids naturel au format en une seule salle du Panorama Bourbaki ; ceux qui prévoient d’y passer l’essentiel d’une journée regarderont plutôt du côté du pass journée complète pour le Musée suisse des transports, qui inclut le planétarium et les projections IMAX.

Pour un rythme totalement différent après une matinée en intérieur, une visite guidée à vélo au coucher du soleil le long du lac des Quatre-Cantons parcourt les rives les plus tranquilles avec un guide local, tandis que ceux qui préfèrent rester près de la vieille ville tout en prenant l’air peuvent réserver une promenade guidée privée sur le sentier historique de la falaise surplombant la ville, qui se combine naturellement avec les tours de l’enceinte de la Musegg.

Notes pratiques avant de partir

Le bâtiment de la rotonde est compact et la visite se déroule entièrement en intérieur, ce qui en fait une option fiable quel que soit le temps, un véritable avantage par rapport aux attractions lacustres et montagnardes de Lucerne les jours de pluie. Ce n’est pas hostile aux poussettes, mais la plateforme centrale et l’escalier rendent la visite plus simple avec un enfant qui marche qu’avec un enfant qu’il faut porter tout du long. Il n’y a pas de service de restauration significatif sur place, il faut donc prévoir le déjeuner avant de monter vers la Löwenplatz ou après, en redescendant dans la vieille ville.

La photographie est généralement autorisée sans flash, mais comme pour toute surface peinte, la photo au flash est déconseillée et souvent interdite pour protéger la toile. Si vos dates de voyage tombent en intersaison, mieux vaut vérifier directement les jours d’ouverture en vigueur, car les musées lucernois de taille plus modeste réduisent parfois leurs horaires hors haute saison estivale, contrairement à des institutions plus importantes comme le musée des transports.

Pour rejoindre la Löwenplatz depuis d’autres quartiers de la ville ou depuis un hôtel hors de la vieille ville, voir le guide des déplacements à Lucerne, et pour une combinaison sur une même journée avec le Monument du Lion et le Jardin des Glaciers organisée en itinéraire à pied, l’itinéraire Lucerne en un jour propose un ordre réaliste pour voir les trois sans faire de détour inutile.

Panorama Bourbaki : questions fréquentes

Que représente exactement le Panorama Bourbaki ?

Le désarmement et l’internement de l’armée française de l’Est du général Bourbaki, environ 87 000 soldats épuisés qui franchirent la frontière suisse aux Verrières en février 1871 pour échapper à l’encerclement des forces prussiennes pendant la guerre franco-prussienne. La scène montre un unique instant à l’aube, à la frontière : des hommes blessés, des chevaux abandonnés, et des volontaires de la Croix-Rouge suisse organisant vivres et abris.

Qui l’a peint, et quand ?

L’artiste genevois Édouard Castres l’a peint en 1881, assisté d’une équipe qui comptait notamment le jeune Ferdinand Hodler, alors simple assistant de panorama, des années avant sa propre célébrité. Castres avait servi comme volontaire de la Croix-Rouge pendant l’internement réel, ce qui explique que le tableau ressemble moins à une scène de bataille qu’à un document sur le travail de secours.

Quelles sont les dimensions exactes de la peinture ?

La toile mesure 112 mètres de circonférence et environ 10 mètres de haut, soit environ 1 100 mètres carrés de surface peinte. Vue depuis la plateforme centrale, la ligne d’horizon se situe à hauteur naturelle des yeux, et le premier plan est complété par un terrain réel, neige, clôtures et équipements, si bien que la jonction entre le lointain peint et les accessoires physiques est volontairement difficile à repérer.

Où se trouve-t-il et comment y accéder ?

Le Panorama Bourbaki se trouve sur la Löwenplatz, à proximité du Monument du Lion et du Jardin des Glaciers, à environ 12 à 15 minutes à pied de la gare de Lucerne en longeant le lac puis en remontant dans la vieille ville, ou en un court trajet de bus VBL en direction de la Löwenplatz.

Combien coûte l’entrée et combien de temps dure une visite ?

L’entrée adulte coûte environ 15 CHF, avec des réductions pour étudiants, seniors et enfants, et elle est généralement incluse ou réduite avec la Lucerne Museum Card. La plupart des visiteurs y passent 30 à 45 minutes : la peinture elle-même se découvre d’un seul regard depuis une plateforme surélevée, et une petite exposition à l’entrée retrace l’histoire du panorama et sa restauration.

Le Panorama Bourbaki vaut-il le détour en complément du Monument du Lion, juste à côté ?

C’est un duo naturel plutôt qu’un choix concurrent : le Monument du Lion est gratuit, en plein air, et se visite en cinq minutes, tandis que le panorama est en intérieur, payant, et donne du contexte à ce que le lion pleure réellement. Ensemble, comptez près d’une heure, sur la même place.

Le Panorama Bourbaki convient-il aux enfants ?

Il fonctionne plutôt bien pour des enfants assez grands pour rester debout et regarder plutôt que d’être portés, à partir de sept ans environ, car le format est visuel plutôt que textuel. Les enfants plus jeunes ont tendance à décrocher avant la fin des 30 à 45 minutes de visite, et il y a peu d’éléments à manipuler physiquement.

Existe-t-il d’autres grands panoramas de ce type encore debout ?

Très peu. Le format était populaire dans toute l’Europe et en Amérique du Nord des années 1880 aux années 1900, et la plupart des exemplaires ont été démontés, détruits par le feu ou repeints il y a des décennies. Parmi les survivants souvent cités aux côtés du Panorama Bourbaki figurent le Panorama Mesdag à La Haye et le Panorama de Racławice à Wrocław, ce qui place l’exemplaire de Lucerne sur une liste vraiment courte.

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