Le pont de la Chapelle et la Tour de l'Eau : de 1365 à l'incendie de 1993
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Le pont de la Chapelle et la Tour de l'Eau : de 1365 à l'incendie de 1993

Quick Answer

Qu'est-il arrivé au pont de la Chapelle en 1993 et est-il encore d'origine ?

Un incendie dans la nuit du 18 août 1993, provoqué par une cigarette sur un bateau amarré, a détruit environ les deux tiers du pont en bois et près des trois quarts de ses panneaux peints. Le pont a été reconstruit en un peu moins d'un an sur les piles de pierre du XIVe siècle d'origine, mais la plupart des panneaux visibles aujourd'hui sont des copies des années 1990, et non les originaux du XVIIe siècle.

Ce que l’on regarde vraiment au-dessus de l’eau

Le pont couvert en bois qui traverse la Reuss entre la vieille ville et la Tour de l’Eau s’appelle Kapellbrücke en allemand et pont de la Chapelle en français, et c’est le monument le plus photographié de Lucerne.

La plupart des gens le traversent en moins de cinq minutes sans réaliser que ce qu’ils foulent est en grande partie une reconstruction achevée en 1994, que le pont est plus ancien que la tour à laquelle on le confond souvent, et qu’un incendie survenu en une seule nuit d’août a détruit l’essentiel de ce qui avait survécu près de six siècles. Rien de tout cela ne le rend moins digne d’intérêt. Cela signifie simplement que l’affirmation courante selon laquelle « c’est le même pont que celui vu par les Habsbourg » mérite d’être nuancée.

Ce guide couvre la construction de 1365, l’usage réel du pont et de ses panneaux peints, la nuit de l’incendie de 1993, ce qui a brûlé et ce qui n’a pas brûlé, ainsi que la Tour de l’Eau voisine, plus ancienne et distincte, qui n’est pas ouverte au public, malgré le nombre de fois où l’on peut en faire le tour à la recherche d’une porte.

Pourquoi Lucerne a construit un pont couvert en 1365

Le Kapellbrücke a été construit en 1365 dans le cadre des fortifications médiévales de Lucerne, et non comme passage touristique. Il reliait la vieille ville, sur la rive droite de la Reuss, au quartier plus récent de la rive gauche et, plus important encore, faisait partie du périmètre défensif de la ville aux côtés du mur d’enceinte de Musegg. Un pont couvert d’un toit gardait la charpente au sec et prolongeait sa durée de vie, et sa position en diagonale par rapport à la rivière, plutôt qu’une traversée droite, était un choix défensif délibéré : elle rendait le pont plus difficile à attaquer en ligne droite et lui permettait de faire office de brise-lames partiel contre les débris flottants et la glace charriée par la Reuss.

Le pont tire son nom français de la chapelle Saint-Pierre toute proche, l’un des plus anciens sites religieux de la ville, qui se trouvait près de son accès. Les piles de pierre enfoncées dans le lit de la rivière datent de cette construction originelle de 1365 et constituent l’élément le plus ancien et le mieux attesté de l’ensemble ; une grande partie de ce qui repose au-dessus ne l’est pas.

Avec ses quelque 205 mètres, le pont de la Chapelle est généralement présenté comme le plus ancien pont à charpente en treillis encore debout en Europe. Cette affirmation repose sur la sous-structure et sur l’usage continu documenté de la traversée depuis le XIVe siècle, et non sur le fait que chaque planche aurait 660 ans. Les ponts en bois exigent un entretien constant, et le Kapellbrücke avait déjà été réparé, replanchéié et partiellement reconstruit à plusieurs reprises avant même 1993.

Les panneaux peints : ce qu’ils représentaient et pourquoi ils ont été ajoutés plus tard

La ligne de toit du pont est garnie de rangées de panneaux triangulaires peints, insérés dans la charpente, et c’est ce dont la plupart des visiteurs se souviennent réellement plutôt que du pont lui-même. Ils ne faisaient pas partie de la construction originelle de 1365. Les peintures ont été ajoutées environ deux siècles et demi plus tard, entre 1599 et 1614 environ, commandées comme un cycle retraçant l’histoire de Lucerne et de la Suisse, accompagné de scènes de la vie des saints patrons de la ville, Léger et Maurice. Le pont comptait à l’origine environ 158 de ces panneaux.

Les panneaux n’ont pas été entretenus avec autant de soin que la structure du pont elle-même. Au moment de l’incendie de 1993, la dégradation, des pertes partielles antérieures et des restaurations passées avaient déjà réduit leur nombre à environ 111, chacun identifié par un numéro et une inscription que la plupart des visiteurs dépassent sans les lire.

Ils faisaient office de leçon d’histoire civique peinte sur bois, visible par quiconque empruntait un pont que les Lucernois ordinaires traversaient quotidiennement pour faire leurs courses, se rendre au travail ou transporter des marchandises entre les deux rives. Si vous souhaitez comprendre le contexte civique et religieux plus large dont s’inspiraient les panneaux, la visite guidée privée de la vieille ville de Lucerne permet de se le faire expliquer sur place plus efficacement qu’en assemblant des plaques explicatives.

La nuit du 18 août 1993

L’incendie qui marque l’histoire moderne du pont a débuté après la tombée de la nuit, le 18 août 1993. Les enquêteurs ont attribué la cause à une cigarette jetée qui a enflammé des matériaux sur un petit bateau amarré sous le pont. La construction même du pont a joué contre lui : un long tunnel étroit et couvert en bois au-dessus de l’eau, avec un bois sec vieux de plusieurs siècles et un toit qui retenait la chaleur et propageait les flammes le long de sa longueur, presque comme une cheminée. Le temps que les pompiers de Lucerne en soient maîtres, environ les deux tiers du pont avaient brûlé.

Les dégâts subis par les panneaux peints ont été proportionnellement plus lourds que ceux de la structure en bois. Sur les quelque 111 panneaux encore en place ce soir-là, environ les trois quarts ont été entièrement détruits, laissant une trentaine d’originaux qui ont survécu, soit parce qu’ils étaient accrochés dans une section que le feu n’a pas atteinte, soit parce qu’ils ont été retirés pendant l’intervention. C’est l’un des rares monuments de Lucerne où la catastrophe elle-même, et pas seulement l’édifice, fait désormais partie de ce que les visiteurs viennent découvrir.

Ce qui a été reconstruit, et ce qui est resté d’origine

La reconstruction a démarré rapidement et s’est achevée en un temps record pour les standards de la restauration patrimoniale : le pont a rouvert au public en avril 1994, en moins d’un an après l’incendie. Cette rapidité a façonné la nature même de la reconstruction. Les piles de pierre sous la ligne d’eau n’avaient subi aucun dégât et n’ont nécessité aucun remplacement, si bien que l’élément le plus ancien et le plus important structurellement du pont, datant de 1365, est toujours là et toujours d’origine. Au-dessus de la ligne d’eau, la charpente et le toit sont essentiellement une reconstruction des années 1990, réalisée selon le profil historique, avec des méthodes de charpenterie traditionnelles mais du bois neuf.

Les panneaux sont l’élément que les visiteurs comprennent le plus souvent de travers. Un certain nombre des peintures détruites ont été recréées à partir de photographies historiques prises avant l’incendie, si bien que ce qui est accroché à ces emplacements aujourd’hui, ce sont des copies soigneuses plutôt que les originaux du XVIIe siècle.

Les panneaux qui ont survécu à l’incendie sont toujours en place parmi les copies, identifiables si l’on connaît les numéros à chercher, bien que le pont n’affiche aucun guide évident pour les distinguer. Si distinguer un panneau original de 1611 d’une copie de 1994 vous importe réellement, c’est précisément ce niveau de détail que couvrent le musée d’histoire de Lucerne et le circuit guidé de la vieille ville, contrairement au pont lui-même.

La Tour de l’Eau : plus ancienne que le pont, et pas une chapelle

La tour octogonale en pierre qui se dresse dans l’eau au niveau du coude du pont est le Wasserturm, ou Tour de l’Eau, et elle précède le pont de la Chapelle d’une trentaine d’années, construite vers 1300 dans le cadre du même système de fortifications auquel le pont viendrait ensuite se raccorder. Elle ne fait pas, contrairement à ce que la fusion fréquente des deux noms laisse penser, partie de la même construction de 1365, et elle n’a jamais eu de fonction liée à l’eau au sens propre — son nom vient très probablement de sa position, plantée directement dans la rivière.

Au fil des siècles, la fonction de la tour a changé à plusieurs reprises. Les archives indiquent qu’elle a servi tour à tour de prison et de chambre de torture, de trésorerie et d’archives de la ville, et de tour de guet surveillant l’approche fluviale de Lucerne. Ce qu’elle n’a jamais été, c’est une chapelle, une station de pompage ou tout ce qui touche à l’approvisionnement en eau.

Aujourd’hui, elle est utilisée par une société de tir et de garde civique lucernoise comme local associatif et lieu de stockage de matériel historique, et son intérieur n’est pas ouvert aux visiteurs. On peut longer les berges autour de sa base et la photographier depuis le pont, le quai de l’Hôtel de Ville ou depuis l’autre rive près de la sortie du lac, mais il n’y a ni guichet ni porte à chercher.

Bien la voir : horaires, angles, et avec quoi la combiner

Le pont et la tour sont gratuits, sans billet, et ouverts à toute heure, ce qui explique aussi pourquoi ils sont fréquentés presque en permanence. Les groupes en car et le trafic touristique lié au lac remplissent le pont du milieu de matinée jusqu’en début de soirée pendant la majeure partie de l’année. Le créneau calme et fiable se situe juste après le lever du soleil, généralement avant 8 h entre le printemps et l’automne, quand les panneaux sont éclairés en lumière rasante et que la traversée est quasiment vide.

Pour les photographies, l’angle classique se prend depuis l’extrémité côté lac, près du point de départ de la croisière privée de luxe sur le lac des Quatre-Cantons, en regardant vers le pont avec la Tour de l’Eau se détachant sur les toits de la vieille ville. La vue opposée, depuis le quai de l’Hôtel de Ville en direction du lac, capture les deux structures avec les montagnes en arrière-plan par temps clair.

La traversée elle-même prend de trois à cinq minutes sans s’arrêter. La plupart des visiteurs y passent quinze à vingt-cinq minutes s’ils s’arrêtent pour lire quelques inscriptions de panneaux et prendre des photos depuis les deux rives. Elle s’intègre naturellement à une boucle plus longue à travers la route pédestre de la vieille ville, puisque le pont se trouve directement entre les deux moitiés du centre médiéval et que la plupart des itinéraires autoguidés le traversent au moins deux fois.

Si vous combinez la visite avec d’autres sites liés aux fortifications de la ville, le mur d’enceinte de Musegg et ses tours faisaient partie du même système défensif et se trouvent à quinze ou vingt minutes de marche en montée depuis l’extrémité du pont côté vieille ville.

L’autre pont à connaître sur ce tronçon de la rivière est le plus court et plus sobre Spreuerbrücke, qui porte son propre cycle peint, plus sombre, la Danse macabre, et n’attire qu’une fraction du trafic piéton du pont de la Chapelle car il se trouve un pâté de maisons en amont, hors du champ de vision de la plupart des visiteurs. Si les panneaux peints vous intéressent particulièrement, voir les deux ponts l’un après l’autre est plus instructif que de ne voir que le Kapellbrücke seul, tant le contraste d’état et de sujet est éclairant.

Prendre du recul sur Lucerne depuis l’eau

Comme le pont et la tour se trouvent tous deux directement sur la Reuss, à l’endroit où elle quitte le lac des Quatre-Cantons, la vue la plus complète sur la relation entre les deux structures et la silhouette de la vieille ville s’obtient depuis l’eau plutôt que depuis l’une ou l’autre rive. Une courte sortie sur le lac offre un angle qu’aucune photo prise au niveau du pont ne peut donner, avec la tour dans toute sa hauteur se détachant sur le mur de Musegg et les montagnes en arrière-plan.

La combinaison e-bike et bateau couvrant les rives du lac au sens large est une façon d’obtenir cette vue tout en profitant d’un plus long aperçu du lac lui-même, et elle permet aussi de découvrir efficacement les rives du lac sans s’engager pour un itinéraire d’une journée complète.

Pour les visiteurs ne disposant que d’une heure ou deux en ville avant une correspondance ferroviaire, la visite de la ville en e-tuktuk passe devant le pont, la Tour de l’Eau, le Monument du Lion et la vieille ville dans un créneau court et fixe, ce qui convient bien aux visiteurs arrivant via Lucerne depuis l’aéroport de Zurich avec peu de temps devant eux, plutôt qu’une journée entière libre.

Musées et lectures complémentaires à proximité

Si l’incendie de 1993 et la perte des panneaux sont ce que vous souhaitez réellement comprendre en détail, le pont lui-même ne vous en apprendra pas beaucoup plus que les numéros des panneaux. Les musées de la ville traitent l’incendie et la reconstruction bien plus en profondeur que n’importe quel panneau explicatif sur le pont, et la Collection Rosengart ainsi que le Jardin des Glaciers se trouvent tous deux à quelques minutes de marche si vous souhaitez composer une demi-journée de découvertes dans la vieille ville autour du pont plutôt que d’en faire une étape de cinq minutes.

Pour une première visite, mieux vaut considérer le pont de la Chapelle et la Tour de l’Eau comme une étape de quinze à vingt minutes au sein d’une boucle plus longue dans la vieille ville plutôt que comme une destination à part entière, ce qui correspond à la façon dont l’itinéraire d’une journée à Lucerne et le guide autonome d’une journée structurent tous deux la visite. Si vous restez plus longtemps, intégrer le pont à une promenade en soirée une fois les groupes du jour dispersés, puis y revenir au lever du soleil pour les photos, reste la seule façon réaliste de le voir à la fois bien éclairé et quasiment vide.

Les informations pratiques pour la traversée elle-même sont résumées ci-dessous.

DetailInformation
Coût de la traverséeGratuit, sans billet
Horaires d’accèsOuvert en permanence, sans personnel
Durée de la traversée3 à 5 minutes sans s’arrêter
Durée de visite habituelle15 à 25 minutes avec photos
Moment le plus calmeAvant 8 h, du printemps à l’automne
Construction d’origine1365 (piles de pierre d’origine ; charpente et toit reconstruits en 1993-1994)
Ajout des panneaux peintsvers 1599-1614
Panneaux avant l’incendieEnviron 111 (sur un total d’origine d’env. 158)
Panneaux perdus dans l’incendieEnviron les trois quarts de ceux restant en 1993
Construction de la Tour de l’Eauvers 1300, antérieure au pont
Intérieur de la Tour de l’EauFermé au public

Pont de la Chapelle et Tour de l’Eau : les questions qu’on se pose vraiment

Le pont de la Chapelle est-il le plus vieux pont en bois d’Europe ?

On le présente généralement comme le plus ancien pont à charpente en treillis encore debout en Europe, datant de 1365, même si la formule est souvent simplifiée dans la documentation touristique. Les piles et fondations de pierre sont d’origine ; une grande partie de la charpente et des panneaux de toiture visibles est une reconstruction des années 1990 après l’incendie de 1993.

Combien de panneaux peints ont survécu à l’incendie ?

Sur environ 111 panneaux encore accrochés en 1993 (le pont en comptait à l’origine environ 158, avec des pertes au fil des siècles avant cela), l’incendie en a détruit environ les trois quarts. Une trentaine d’originaux ont survécu, et plusieurs panneaux détruits ont ensuite été recréés à partir de photographies historiques.

Peut-on visiter l’intérieur de la Tour de l’Eau ?

Non. La Tour de l’Eau sert de local associatif et d’archives à une société de tir lucernoise et n’est pas ouverte au public. On peut faire le tour de sa base et l’observer depuis le pont et les berges, mais il n’existe aucune entrée publique.

Quelle est la cause de l’incendie de 1993 ?

Les enquêtes officielles ont attribué l’incendie à une cigarette jetée qui a enflammé un bateau amarré sous le pont, avant que le feu ne se propage à la structure en bois sec. Il s’est étendu rapidement car le toit couvert et les charpentes en bois resserrées du pont ont agi comme une cheminée le long de l’eau.

Est-ce gratuit de traverser le pont de la Chapelle ?

Oui, il n’y a ni frais ni billet. C’est un pont piéton public et l’un des rares sites de Lucerne qui ne coûte rien, même si c’est aussi le tronçon le plus fréquenté de la vieille ville presque toute la journée.

Combien de temps faut-il pour traverser le pont de la Chapelle et voir la Tour de l’Eau ?

La traversée elle-même prend de trois à cinq minutes à un rythme normal. La plupart des visiteurs y passent quinze à vingt-cinq minutes s’ils s’arrêtent pour regarder les panneaux et prendre des photos depuis les deux rives.

Quel est le meilleur moment pour photographier le pont de la Chapelle sans la foule ?

Juste après le lever du soleil, généralement avant 8 h du printemps à l’automne, est le seul créneau fiable pour éviter la foule. Dès le milieu de la matinée, le pont se remplit de groupes en car et reste animé jusqu’en début de soirée.

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