Une ville qui échange les montagnes contre les musées
Bâle ne cherche pas à rivaliser avec Lucerne sur le terrain du paysage. Pas de lac encadré de sommets enneigés, pas de bateau à aubes, pas de téléphérique grimpant sur une crête. Ce que Bâle offre en revanche, c’est une concentration de musées sérieux qui ferait sensation dans une ville trois fois plus grande, une vieille ville compacte bâtie dans le même grès rouge que sa cathédrale, et un fleuve qui traverse le cœur de la vie quotidienne plutôt que de border la ville de façon décorative.
Elle se trouve à l’angle où se rejoignent la Suisse, la France et l’Allemagne, ce qui se manifeste sans cesse par de petits détails : l’allemand de l’autre côté de la frontière à Weil am Rhein, le français à Saint-Louis, et le suisse allemand entre les deux, sur des trams qui traversent les trois pays sans que personne n’y prête vraiment attention.
Pour un séjour basé à Lucerne, Bâle a du sens comme journée complète plutôt que comme simple détour. Le train direct prend un peu plus d’une heure, une durée comparable à celle du trajet vers Interlaken ou Zurich, mais la journée a un rythme différent : moins de marche entre les points de vue, plus de temps passé devant les œuvres. Si votre itinéraire à Lucerne est déjà chargé avec le Pilatus et le Rigi, Bâle est la journée où vous troquez les chaussures de marche contre un pass musées.
La Fondation Beyeler, Tinguely et le Kunstmuseum
Trois musées font l’essentiel de la réputation de Bâle, et ils sont suffisamment différents les uns des autres pour justifier d’en visiter plus d’un.
La Fondation Beyeler, dans le quartier de Riehen, est celle pour laquelle les visiteurs se déplacent spécifiquement. Le bâtiment bas en verre et pierre de Renzo Piano se fond dans un parc qui se prolonge dans le jardin privé à l’arrière, et la collection permanente traverse Monet, Cézanne, Picasso, Rothko et Giacometti avec une densité que la plupart des galeries nationales pourraient envier. On y accède par le tram 6 depuis le centre-ville, environ 20 minutes, et le bâtiment lui-même vaut le déplacement même pour une exposition qui ne vous intéresse pas. Comptez CHF 35-40 pour un billet adulte standard, davantage pendant une grande exposition temporaire.
Le Museum Tinguely, sur les rives du fleuve, à courte distance à pied ou en tram du centre, est un musée consacré à un seul artiste, construit autour des sculptures cinétiques de Jean Tinguely, des machines faites de ferraille qui s’entrechoquent, tournent et projettent parfois de l’eau quand un visiteur appuie sur un bouton. Il se révèle plus ludique que la Beyeler et prend moins de temps, une heure à une heure et demie plutôt qu’une demi-journée. Dehors, les fontaines sculptées de Tinguely animent une petite place près du théâtre dans la vieille ville, à voir gratuitement à toute heure.
Le Kunstmuseum Basel, en plein centre près du Münster, est la plus ancienne collection publique d’art de Suisse et l’une des plus importantes, allant de Holbein à l’art contemporain à travers un bâtiment principal et une extension plus récente de l’autre côté de la rue, reliés par un passage souterrain. Il mérite deux à trois heures d’attention plutôt qu’une heure précipitée entre deux trains.
| Musée | Emplacement | Visite type | Billet adulte |
|---|---|---|---|
| Fondation Beyeler | Riehen, tram 6 | 2-3 heures | CHF 35-40 |
| Museum Tinguely | Rives du fleuve, à pied | 1-1,5 heure | CHF 18-20 |
| Kunstmuseum Basel | Centre de la vieille ville | 2-3 heures | CHF 26-30 |
Essayer de caser les trois dans une seule journée est possible mais précipité ; la plupart des visiteurs font mieux d’en choisir deux et de consacrer un vrai moment à la vieille ville comme troisième étape.
La vieille ville et le Münster
La vieille ville de Bâle s’élève en pente douce depuis le Rhin, avec des rues étroites et largement piétonnes, bordées du même grès rouge rouille qui donne sa couleur au Münster. La cathédrale elle-même est romane et gothique, ses deux tours jumelles visibles depuis la majeure partie de la vieille ville, et sa terrasse à l’arrière du bâtiment, la Pfalz, offre gratuitement une vue sur le Rhin et l’horizon industriel au-delà, en cinq minutes de marche. À l’intérieur, le tombeau d’Érasme et le toit de tuiles peintes sont les deux détails qui méritent qu’on s’y attarde ; monter dans la tour pour CHF 5 ajoute une vue plus haute et plus large, pour qui n’a pas peur d’un escalier en colimaçon étroit.
La Marktplatz, à courte distance à pied en contrebas, est dominée par le Rathaus rouge et or, l’hôtel de ville de Bâle, dont la cour est ouverte à la traversée et la façade peinte de fresques qui méritent un regard lent plutôt qu’un coup d’œil. Le marché lui-même se tient encore les matins de semaine, surtout des produits frais et des fleurs plutôt que des souvenirs. De là, les ruelles de la vieille ville redescendent vers le fleuve, passant devant des maisons de corporation et le genre de rues résidentielles tranquilles qui font paraître Bâle plus habitée et moins mise en scène pour les visiteurs que certaines parties du centre de Lucerne en haute saison.
Comparée à la vieille ville de Lucerne, celle de Bâle est plus grande, plus plate et moins immédiatement photogénique, avec moins de façades peintes concentrées sur un même tronçon, mais elle a l’avantage de la terrasse du Münster et du fleuve en contrebas, que la vieille ville de Lucerne n’a pas.
Le Rhin : bacs, bacs à traille et baignade en rivière
Le Rhin est le véritable centre de l’identité de Bâle, plus que n’importe quel bâtiment. Quatre petits bacs à câble, appelés localement Fähri, traversent le fleuve à des points fixes sans moteur : chaque embarcation est fixée à un câble tendu haut au-dessus de l’eau, et le passeur oriente le gouvernail de façon à ce que le courant pousse lui-même le bateau d’une rive à l’autre. Une traversée coûte environ CHF 1,80 et prend quelques minutes ; la faire une fois, même sans avoir besoin de se rendre sur l’autre rive, vaut la petite dépense.
Se baigner dans le fleuve est une véritable habitude bâloise plutôt qu’une activité touristique, de mai à septembre, quand l’eau est assez chaude et le courant prévisible. Les habitants achètent ou louent un Wickelfisch, un sac étanche en forme de poisson qui referme vêtements et téléphone à l’intérieur et flotte derrière eux pendant qu’ils nagent, puis remontent la berge à pied, entrent dans l’eau, et se laissent porter par le courant en passant devant la vieille ville jusqu’à l’un des points de sortie balisés.
C’est plus rapide qu’il n’y paraît et plus calme que ce qu’on imagine depuis la berge, mais cela reste une vraie rivière avec un vrai courant, pas une piscine, et il vaut mieux observer comment les habitants entrent et sortent avant de s’y essayer soi-même.
Pour une version moins engagée du même fleuve, une courte croisière ou une promenade sur l’une ou l’autre rive offre les mêmes vues sans se mouiller : côté Kleinbasel, en face de la vieille ville, une longue promenade de cafés et de bars aménagés dans les anciens remparts se remplit dès qu’une soirée est douce.
Le Dreiländereck : là où trois pays se rejoignent
À quelques kilomètres en aval de la vieille ville, au-delà des docks, une tour d’observation marque le Dreiländereck, le point où les frontières de la Suisse, de la France et de l’Allemagne convergent sur le Rhin. On y accède en tram jusqu’au terminus puis à pied, 15 à 20 minutes le long du sentier riverain, en passant devant des docks en activité plutôt que quoi que ce soit de pittoresque. La tour elle-même est une rampe en spirale menant à une plateforme au sommet, gratuite, offrant une vue plate sur Bâle industrielle et le fleuve qui s’incurve vers le nord et l’Allemagne.
Ce n’est pas, en soi, un déplacement spécial qui se justifie : l’intérêt réside dans le fait de se tenir à un point où trois frontières nationales se touchent, et la légère curiosité de se trouver techniquement dans trois pays en quelques pas. Combiné à une promenade le long de la promenade du Rhin ou comme étape sur le chemin du retour depuis le côté Fondation Beyeler de la ville, il ajoute une heure sans bouleverser le reste de la journée.
Se rendre à Bâle depuis Lucerne
Basel SBB est la gare principale, et la liaison directe depuis Lucerne est assez simple pour ne demander aucune préparation particulière au-delà de vérifier l’horaire.
| De | À | Durée | Remarques |
|---|---|---|---|
| Lucerne | Basel SBB | 1 h 05-1 h 15 | IC/IR direct, environ toutes les heures |
| Basel SBB | Vieille ville / Marktplatz | 10 min | Tram 8 ou 15 minutes à pied |
| Basel SBB | Fondation Beyeler (Riehen) | 20 min | Tram 6 jusqu’à Riehen Grenze, puis courte marche |
| Basel SBB | Dreiländereck | 30-35 min | Tram jusqu’au terminus puis promenade riveraine |
Le Swiss Travel Pass couvre le train et les trams de Bâle ; sans lui, une Half Fare Card réduit le tarif de base d’environ moitié. Depuis Lucerne, c’est l’une des excursions ferroviaires les plus efficaces, comparable en temps à Zurich et plus courte que Berne une fois pris en compte les distances de marche plus courtes de Bâle une fois sur place. Consultez le fonctionnement des trains suisses si c’est votre premier voyage sur le réseau.
Bâle possède aussi son propre aéroport, EuroAirport, partagé avec la France et l’Allemagne et utilisé surtout pour des liaisons low-cost plutôt que comme point d’entrée pour un séjour basé à Lucerne ; presque tous les voyageurs venant de Lucerne arrivent en train.
Où une journée à Bâle s’inscrit dans un séjour à Lucerne
Bâle n’est pas une excursion en montagne et n’entre pas en concurrence avec les tours qui dominent un séjour type à Lucerne, ce qui explique en partie pourquoi elle fonctionne bien comme changement de rythme au milieu d’un voyage plus long. Les voyageurs qui construisent un itinéraire autour d’une semaine à Lucerne utilisent souvent une journée à Bâle comme contrepoids musées-et-ville à deux ou trois jours de téléphériques et de bateaux sur le lac.
Si vous combinez le séjour avec un voyage plus large en Suisse plutôt que de rester basé à Lucerne, plusieurs opérateurs proposent des excursions à la journée au départ de Bâle même, utile si vous répartissez vos nuits entre les deux villes plutôt que de faire Bâle en simple aller-retour. Un tour en petit groupe vers le mont Pilate et le lac des Quatre-Cantons au départ de Bâle couvre le volet montagne et bateau d’une visite de Lucerne en une seule sortie, utile si votre emploi du temps ne permet qu’une seule journée loin de Bâle.
Les voyageurs basés à Bâle qui préfèrent les hautes Alpes aux sommets plus bas de Lucerne peuvent prendre une excursion privée d’une journée au Jungfraujoch, une longue journée quel que soit le point de vue mais qui évite d’avoir à planifier soi-même les correspondances.
Bâle est aussi facilement accessible depuis Rheinfelden, une petite ville riveraine en amont connue pour la brasserie Feldschlösschen ; une visite de la brasserie avec dégustation de bière à Feldschlösschen est un ajout raisonnable d’une demi-journée pour qui partage son temps entre Bâle et la région environnante plutôt qu’un excursionniste venu de Lucerne avec un emploi du temps serré. Pour ceux qui séjournent plus longtemps dans le corridor Bâle-Berne, un tour d’une journée au départ de Bâle vers Thoune, les grottes de Saint-Béat et une croisière sur le lac prolonge le voyage jusqu’à l’Oberland bernois sans avoir à planifier soi-même les correspondances.
Rien de tout cela ne remplace le train direct Lucerne-Bâle pour une simple excursion d’une journée ; les tours ci-dessus s’adressent aux voyageurs qui construisent un itinéraire plus long, multi-base, autour de Bâle et du nord-ouest, plutôt qu’à un excursionniste venu de Lucerne pour une seule journée.
Coûts d’une excursion à Bâle
Un budget réaliste pour une excursion d’une journée depuis Lucerne, par personne, en supposant des billets de train au tarif standard plutôt qu’un pass ferroviaire :
| Poste | Coût (CHF) |
|---|---|
| Aller-retour train, Lucerne-Bâle | 70-90 (avec Half Fare Card) |
| Deux entrées de musée | 55-70 |
| Ticket journalier de tram à Bâle | 4,80 |
| Déjeuner et café | 30-45 |
| Traversée en bac à traille | 1,80 |
| Total | 160-210 |
Un jour de Swiss Travel Pass utilisé sur ce trajet couvre le train et les trams, ne laissant que les entrées de musée et la nourriture comme dépenses restantes, ce qui rapproche la journée de CHF 90-120. Consultez l’outil de budget de voyage pour comparer une journée à Bâle avec d’autres options depuis Lucerne.
Erreurs à éviter
Essayer de voir la Fondation Beyeler, le Kunstmuseum et le Tinguely en une journée, puis en plus parcourir toute la vieille ville, est l’excès le plus courant ; choisissez deux musées et gardez le troisième pour « la prochaine fois ». Arriver sans avoir vérifié quelle exposition est en cours à la Beyeler est une erreur plus mineure mais fréquente, car les tarifs et les files d’attente varient nettement autour d’une grande exposition.
Se baigner dans le Rhin sans avoir observé au préalable comment les habitants entrent et sortent est aussi à éviter, car le courant est plus fort qu’il n’y paraît depuis la berge et les points de sortie balisés comptent plus qu’ils n’en ont l’air par une journée chaude. Enfin, traiter le Dreiländereck comme une destination d’une demi-journée plutôt qu’un arrêt d’une heure tend à gruger du temps mieux investi dans la vieille ville ou un musée.
Questions fréquentes sur la visite de Bâle
Bâle vaut-elle une visite en excursion d’une journée depuis Lucerne ?
Oui, si l’art et l’architecture sont ce pour quoi vous voyagez. Bâle possède trois musées vraiment solides, une vieille ville bien préservée autour du Münster, et une baignade en rivière l’été que Lucerne ne peut pas égaler. C’est un type de journée différent des excursions en montagne que Lucerne propose habituellement.
Combien de temps dure le train de Lucerne à Bâle ?
Environ 1 h 05 à 1 h 15 en InterRegio ou InterCity direct, à peu près toutes les heures depuis la gare de Lucerne. Aucun changement n’est normalement nécessaire, et le Swiss Travel Pass comme la Half Fare Card couvrent ou réduisent le tarif.
Peut-on vraiment se baigner dans le Rhin à Bâle ?
Oui, et les habitants le font constamment en été. Le courant est rapide mais gérable près des berges ; les gens utilisent un Wickelfisch, un sac étanche qui flotte et fait office de bouée, pour transporter vêtements et téléphone pendant qu’ils dérivent d’un lieu de baignade à l’autre.
Qu’est-ce que le Dreiländereck, et peut-on le visiter en une après-midi ?
C’est le point où se rejoignent la Suisse, la France et l’Allemagne sur le Rhin, marqué par une tour d’observation à quelques kilomètres au nord de la vieille ville de Bâle, accessible en tram puis à pied. C’est une curiosité plutôt qu’une destination en soi, qui mérite 30 à 45 minutes si vous êtes déjà dans le secteur.
Faut-il réserver les billets de la Fondation Beyeler à l’avance ?
Ce n’est généralement pas nécessaire en dehors d’une exposition événement, mais réserver un créneau horaire en ligne évite la file d’attente le week-end et permet d’économiser quelques francs par rapport à un achat sur place. Vérifiez l’exposition en cours avant de partir, car les tarifs et les horaires varient selon l’exposition.
La vieille ville de Bâle se visite-t-elle à pied, ou faut-il les transports publics ?
La vieille ville, le Münster et les principaux musées du centre sont tous à 20 minutes de marche les uns des autres. Les trams de Bâle ne sont utiles que pour rejoindre la Fondation Beyeler à Riehen, le Dreiländereck, ou les fontaines de Tinguely si vous manquez de temps.
Qu’est-ce qu’un bac à traille du Rhin (Fähre) ?
C’est une petite embarcation en bois attachée à un câble tendu au-dessus de la rivière, dirigée uniquement en orientant le gouvernail contre le courant, sans moteur. Bâle compte quatre de ces bacs en service quotidien, chacun pour une petite pièce, et la traversée, d’environ cinq minutes, mérite d’être faite au moins une fois.
Bâle est-elle plus chère que Lucerne ?
Globalement comparable, même si les entrées de musée pèsent plus lourd à Bâle que les visites à Lucerne. Un déjeuner au restaurant, un café et un ticket de tram coûtent à peu près la même chose qu’à Lucerne ; la différence est que les grandes attractions de Bâle sont des espaces intérieurs payants plutôt que des points de vue et des rives de lac gratuits.


